Maison de disque ou Indépendant ?

par Avr 24, 2018Culture

Le monde de la musique est une jungle, ou le musicien est souvent la proie.

A moins d’être « l’élu(e) », le génie qui fait le buzz dès sa première œuvre, il se passe parfois des années avant qu’un artiste soit reconnu pour ses créations, et commence enfin à vivre de sa passion.

Précarité, fragilité financière, concurrence redoutable, les obstacles sont nombreux. Et même si internet et les nouvelles technologies ont offert aux artistes de nouveaux moyens de production et de communication, ces outils ont également décuplé le nombre de prétendants.

Une porte semble pourtant ouverte aux artistes pour sortir de la hess : la signature.

Véritable panacée pour de nombreux chanteurs/musiciens, la signature en maison de disque n’est néanmoins pas exempt de contraintes. Sans rentrer dans les détails d’une industrie aussi complexe que l’industrie musicale, nous allons tenter ensemble de lister les avantages et les inconvénients inhérents aux deux voies possibles : signature VS indé.
Souvent affilié à une plus grande structure, le label ou maison de disque s’occupe de « recruter » des artistes afin de leur fournir tout le soutien possible afin que ceux-ci puissent se concentrer uniquement sur la création et les prestations. Ce soutien se manifeste de nombreuses manières :

Au niveau financier, en rémunérant l’artiste selon des modes définis contractuellement en amont, mais également en prenant en charge toutes les autres dépenses nécessaires au développement de l’artiste (tournages, communication/marketing, enregistrement, studios, etc.)

Au sein même du processus créatif, en mettant à disposition des équipes de direction artistiques, des professionnels de la musiques, et même en faisant participer des artistes du même label sur l’œuvre d’un autre
Des équipes (en interne ou non) sont également dépêchées pour participer à l’organisation des activités périphériques de l’artiste (concerts, relation-presse, réseaux sociaux, produits dérivés, etc.)

Enfin, part très importante du développement de la carrière d’un artiste, le label offre un réseau souvent extrêmement dense d’autres professionnels du milieu, et ouvre son carnet d’adresse à l’artiste en question.

Argent, organisation des aspects les moins « intéressants » de la carrière du musicien/chanteur, réseaux, direction artistique… Le plan parfait ! Pas tant que ça. Car le revers de la médaille peut et a déjà eu pour effet d’éloigner définitivement certains artistes de ces grosses structures.

En effet, quasiment tous les avantages cités plus haut ont leur inconvénients sur le plus ou moins long terme.

Pour le financement/rémunération de l’artiste, la maison de disque n’étant pas un organisme à but non-lucratif, ni dans le social, celle-ci compte bien se rembourser au centuple grâce aux ventes de ses artistes. Alors certes elle y aura largement contribué, mais que ce serait-il passé si l’artiste avait patienté encore un peu puis explosé par ses propres moyens ? (Presque) toutes les parts du gâteau lui serait bien sûr revenu.

Ensuite, la participation du label dans le processus créatif d’un artiste, même si elle peut apporter tous les bienfaits du monde, comporte quand même un très gros risque, celle de dépouiller l’œuvre de son essence même, et de transformer une création purement personnelle en un produit de consommation dont l’objectif premier est de se vendre. Car une fois de plus c’est bien là la finalité de toute entreprise, le profit. Et il peut s’avérer complexe d’allier cette finalité à ce qu’un artiste veut réellement transmettre à travers son art.

Enfin, à la signature du contrat, l’artiste s’engage à délivrer une certaine quantité de morceaux/albums/mixtape, sur une certaine durée, et devient d’office lié à la maison de disque devant la loi. Un concept assez difficile à concilier avec celui de liberté artistique et d’indépendance.

Malgré tout, les artistes qui réussissent en indépendant se font de plus en plus rares en France, à mesure que la musique s’industrialise et que l’œuvre d’art se transforme en simple objet de consommation. No judgements, il est totalement compréhensible qu’un artiste ayant connu la hess pendant une période plus ou moins longue ressente la nécessité de se faire accompagner et soutenir par une structure aussi efficace, et obtenir enfin un début de retour sur un tel investissement personnel.

Au sein même de la musique urbaine (parce que c’est ça qu’on kiffe), on ne compte plus les artistes ayant creusé leur trou dans l’ombre, puis littéralement explosé au yeux du grand public avec le soutien d’un grand label, souvent suite à un premier album excellent.

Mais il subsiste également des exemples de patience et d’abnégation, des artistes ayant réussi à créer un véritable empire autour de leur musique, de manière totalement indépendante ou via des structures créées par eux-mêmes, appuyés ou non par des prestataires en charge de l’édition et de la distribution. Booba, PNL, Jul et quelques autres ont effectivement su gérer leur business sur plusieurs années, et bénéficient aujourd’hui des retombées d’un investissement sans limite et d’un bon gros charbonnage à l’ancienne.

Retombées qui se caractérisent notamment par un partage des gains certainement plus intéressant, une totale liberté artistique (pour le meilleur et pour le pire), mais également une reconnaissance et un respect de la part du public, qui continue encore parfois à voir d’un mauvais œil la signature en maison de disque, pour toutes les raisons citées ci-dessus.